En 2011, soyez anthropophage !

Et hop, nous voilà en 2011, l’occasion de vous souhaiter la bonne année !

Puisse cette entrée dans la seconde décade du XXIème siècle vous apporter de nombreuses satisfactions et aiguiser votre appétit d’urbanité ! A peine la fête du réveillon s’achève t-elle que la gueule de bois et l’idée de reprendre ses activités coutumières pointent de la grisaille. Pas d’éclaircie avant de longs jours, pourtant si courts. Microtokyo vous offre un petit rayon de soleil venu du Brésil pour vous aider à supporter l’hiver : le remix de A cidade (la ville) du groupe de mangue beat Chico Science & Nação Zumbi, par DJ Soul Slinger. Listen : Chico Science & Naçao Zumbi : A Cidade (Remix_ DJ Soul Slinger). Prêt pour un conte de début d’année ?

L’aventure Mangue Beat compte parmi les plus beaux chapitres de la richissime histoire musicale du Brésil. Au début des années 1990, de jeunes musiciens de , capitale de l’Etat du Pernambouc et de la ville voisine, Olinda, décident de poursuivre la longue tradition de métissage musical du pays en piochant aussi bien dans le rock, le funk et le hip-hop nord-américains que dans l’électro, la littérature populaire de cordel, la tchatche des repentistas de rue, le samba de coco et les tambours du rituel afro-métis du maracatu rural. Leurs noms : Chico Science & Nação Zumbi (CSNZ – Zumbi, en hommage au révolutionnaire afro-brésilien) et Mundo Livre S.A. L’idée du beat/bit de la mangrove ? Recife, ville à l’histoire cruelle, se trouve au bord d’un estuaire, écosystème d’une grande richesse, entre terre et mer. A l’époque, un rapport de Washington la désigne aussi comme l’une des dix villes les plus inhospitalières de la planète : corruption, pauvreté, voire misère des subúrbios, pollution, tissu urbain croissant telle une tumeur maligne, violence, analphabétisme… Le quotidien n’est pas simple pour le gros million et demi d’habitants. C’est dans cette vase urbaine à la fois sale et fertile que les caranguejos com cérebro (crabes avec un cerveau) plantent leur antenne pour diffuser leur son au monde entier. Chico Science et Fred 04 de Mundo Livre S.A signent le Manifeste Mangue Beat puis un second à l’occasion de la sortie du premier album de CSNZ, Da lama ao caos (de la vase au chaos), en 1993. L’album est immédiatement reçu comme un manifeste esthétique, le succès est au rendez-vous. Extrait :

Urgence !  Un choc rapide ou Recife meurt d’un infarctus ! Pas besoin d’être médecin pour savoir que la manière la plus simple d’arrêter le coeur d’un sujet est d’obstruer ses veines. La manière la plus rapide, aussi, de foudroyer et vider l’âme d’une ville comme Recife est de tuer ses fleuves et de boucher ses estuaires. Que faire pour ne pas sombrer dans la dépression chronique qui paralyse les citoyens ? Comment restituer l’envie, délobotomiser et recharger les batteries de la ville ? C’est simple ! Il suffit d’injecter un peu d’énergie dans la vase et de stimuler ce qui reste encore de fertilité dans les veines de Recife.

En 1996, CSNZ sort un deuxième album, Afrociberdelia, qui va encore plus loin dans l’hybridation des textures : l’électro et les samples sont mis davantage en avant, on va d’un son de guitare metal à celui du berimbau en passant par les charges de tambours. Mieux, ils s’auto-remixent ! Mais mauvais virage et symbole fort, Chico Science se tue le 1er février 1997 sur le pont reliant Olinda et Recife, au début du carnaval. Privé de son chanteur, le groupe se met quelques temps en standby avant de continuer sous le nom de Nação Zumbi. La folie anthropophage ne semble malheureusement plus au rendez-vous. Un double album hommage voit le jour en 1998, constitué de reprises, de live et de remix. Les invités sont prestigieux : Goldie, Mad Professor, Arto Lindsay, Planet Hemp et on en passe… C’est de cet album qu’est issu la trax présentée dans cet article.

Aujourd’hui, l’influence du groupe reste très prégnante au Brésil, notamment avec la nouvelle génération de groupes de Recife : DJ Dolores, Cordel do Fogo Encantado, Mestre Ambrosio, Ticuqueiros ou Academia da Berlinda. Le mangue beat nous dit aussi que du bon peut émerger de partout, et souvent, des lieux où les situations sont les plus tendues… Ce que certains regards peuvent voir comme un corps malade au bord du collapse s’avère un organisme capable de création et d’intelligence. Même le chaos a ses logiques !

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